One Our Challenge: Topaz numérise santé et social

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Cela fait déjà un bon moment que ça grenouille dans le monde médical belge en matière d’informatisation et, plus globalement, de numérisation. Aujourd’hui, tous les acteurs du secteur des soins de santé doivent s’équiper en matériel informatique et en logiciels de gestion. C’est notamment nécessaire pour répondre aux nouvelles obligations légales en matière d’e-santé et aux différents plans d’action « santé » apparus ces derniers temps. Mais l’enjeu est bien plus large. Un seul exemple : le partage des données entre prestataires de soins et l’accès des patients à ces données peuvent réduire de nombreux examens médicaux et, par conséquent, les dépenses en soins de santé.

Le projet Topaz, que nous ont présenté Gaëtan De Laever (coordinateur général) et Michel Roland (président), s’inscrit dans cet environnement marqué à la fois par la numérisation et le partage de données. Il va même au-delà puisque Topaz, initié en 2018 par l’ASBL Assoss Care, se présente comme une plateforme « collaborative et transdisciplinaire » dédiée aux professionnels de la santé et du social. Derrière cette association, on trouve la Fédération laïque des centres de planning familial, la Fédération des maisons médicales, ainsi qu’une série d’autres associations du secteur de la santé, tant francophones que néerlandophones.

Topaz est le nom donné à un logiciel fait « par et pour » les professionnels de la santé et du social, insistent MM. De Laever et Roland. Ils ajoutent trois autres caractéristiques auxquels les concepteurs et développeurs du projet tiennent beaucoup : Topaz est non marchand (les données ne font l’objet d’aucune revente), open source et au service des utilisateurs (professionnels de la santé et patients).

Topaz, qui deviendra une société à la fin juillet afin de pouvoir accueillir des investisseurs (publics et privés), est une plateforme logicielle évolutive. Sa première version est déjà utilisée par plus de 500 professionnels (médecins, centres de planning familial, maisons médicales,…). « Toutes les pièces du puzzle sont en train de se mettre en place. Certaines sont déjà opérationnelles, comme le DMI (Dossier médical informatisé), d’autres vont s’ajouter au cours des tout prochains mois », explique Gaëtan De Laever. L’un des atouts mis en avant par Topaz est sa transdisciplinarité dans un marché où on trouve de très nombreux logiciels médicaux monodisciplinaires. Topaz intègre d’ailleurs des logiciels (comme Pricare, Jade et Opale) qui sont déjà actifs dans certaines professions ou associations médicales.

Pratiquement, Topaz doit permettre aux prestataires de soins de santé (médecins généralistes et spécialistes, kinés, infirmiers, psychologues,…) et de services divers (assistants sociaux, juristes,…) de « créer, gérer et partager » des dossiers électroniques dans un environnement sécurisé et garantissant une totale confidentialité. « Nous avons construit Topaz pour offrir une solution qualitative et globale qui aide réellement les professionnels de la santé et du social, notamment dans leurs tâches administratives, à consacrer moins de temps à l’aspect administratif et prendre davantage soin de leurs patients. » En termes de business model, Assoss Care et Topaz fonctionnent sur la base de licences d’utilisation. « Le seuil de rentabilité est fixé à 3 600 licences. Nous en sommes déjà 1 000 », précise M. De Laever. Une importante levée de fonds est en cours pour financer les multiples développements.

L’avis du coach Roald Sieberath (Leansquare)

Voilà un projet qui se présente bien. Le domaine, passionnant, répond à un besoin essentiel de la société. Le projet est porté par une équipe de « vétérans » qui connaissent le marché depuis longtemps. Le secteur médical est friand de haute technologie (scanners, etc.). Pourtant, il est l’un des plus lents à adopter la transformation numérique. Depuis quelques années, avec la montée du DMG (Dossier médical global) poussé par des contraintes régulatoires, les cabinets médicaux doivent s’informatiser. Dans ce paysage, il reste malgré tout difficile, pour quelqu’un qui n’a pas passé des années dans le secteur, de se faire une idée quant à la pertinence des solutions proposées par différents acteurs. On peut certainement craindre la concentration des logiciels chez une poignée d’acteurs privés et saluer, de ce point de vue, les racines « communautaires » de Topaz, issu d’ASBL et d’acteurs du terrain. Je reste tout de même frappé par l’ambition très large du projet, qui vise à couvrir chaque aspect des spécialités médicales en un temps très réduit. Ceci est un peu contre-intuitif par rapport à certains réflexes de l’approche lean start-up (comme le Minimum Viable Product), qui favorise de focaliser sur un nombre réduit de caractéristiques pour assurer un succès. Topaz devra pouvoir s’appuyer sur le réseau significatif de ses contacts pour s’imposer.

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