“Donald Trump est le seul rempart face au rouleau compresseur chinois”

“Donald Trump est le seul rempart face au rouleau compresseur chinois”

Donald Trump est le seul dirigeant du G20 qui semble avoir compris le danger que constituent, pour les Etats-Unis et la planète, les grandes ambitions “hégémoniques et non-coopératives” de la Chine, souligne l’économiste Marc Touati, président du cabinet ACDEFI.

Voyons la réalité en face : la Chine ne veut plus se contenter d’être le leader du monde émergent, elle veut désormais dominer l’ensemble de la planète, tant d’un point de vue économique que financier ou encore politique et militaire. Et elle se donne les moyens de ses ambitions. De 1980 à 2018, le PIB chinois réel (c’est-à-dire hors inflation) a progressé de… 3.050%. Autrement dit, il a été multiplié par plus de 31 en seulement 38 ans ! Sur la même période, l’augmentation du PIB réel a atteint 928% en Inde, 271% pour la planète, 172% aux Etats-Unis et… 94% en France. C’est dire l’ampleur du “miracle” chinois !

Conséquence logique de ce rattrapage détonnant, la part de la Chine dans le PIB mondial (mesuré en parités de pouvoir d’achat) est passée de 2,3% en 1980 à 19% aujourd’hui. Celle de l’Inde de 2,9% à 7,6%, celle des Etats-Unis de 21,7% à 15% et celle de la France de 4,4% à 2%. Parallèlement, de 1980 à 2017, le PIB par habitant à prix constants a augmenté de 2.000% en Chine, contre une hausse de 404% en Inde, 85% aux Etats-Unis et 58% en France. Bien sûr, il n’est encore que de 8.583 dollars en Chine aujourd’hui, contre 59.500 dollars aux Etats-Unis, 39.670 dollars en France, et 1.852 dollars en Inde. Mais si elle est encore loin du niveau de richesse par habitant du monde développé, la Chine est aussi en la matière sur la voie du rattrapage rapide.

Mais, attention, l’Empire de milieu ne souhaite pas s’arrêter en si bon chemin. Il veut encore augmenter massivement et rapidement son niveau de richesse et de PIB/habitant, acquérir de plus en plus de terres rares et de matières premières à travers la planète, reconstituer la Route de la soie avec One Belt One Road, méga-programme d’infrastructures de 1.000 milliards de dollars, en dominant de plus en plus de ports en Europe (n’oublions pas que la Chine dispose déjà de la moitié de celui du Pirée et d’une bonne partie de celui de Gênes), puis progressivement imposer le yuan comme une devise internationale à même de détrôner à terme le roi dollar.

Lorsqu’elle sera à la tête du monde, la dictature chinoise sera certainement beaucoup moins conciliante que ne l’ont été les Etats-Unis. En attendant, les Chinois ont également confectionné plusieurs armes économiques et financières déterminantes à utiliser en cas de difficultés et / ou de crises.

D’abord, une épargne et un investissement très élevés, qui représentent 50% et 47% du PIB chinois. Ensuite la relative faiblesse de l’endettement de l’Etat, qui permettra à Pékin, en cas de coup dur, d’actionner sans difficulté l’arme du déficit public. Enfin, les Chinois ont élaboré deux autres airbags : un taux de change manipulable à l’envi et des réserves de change de 3.100 milliards de dollars. Dès lors, dans le cadre de la prochaine et inévitable crise, la Chine est l’un des rares pays de la planète qui pourra relancer sa machine économique et renforcer encore son hégémonie internationale.

Rien ne semble donc capable de pouvoir stopper le rouleau compresseur chinois, si ce n’est peut-être Donald Trump… S’il est souvent vilipendé, c’est le seul dirigeant du G20 qui semble avoir compris l’ampleur des ambitions hégémoniques et non-coopératives de la Chine. Conscient de ce danger pour les Etats-Unis, mais aussi pour l’ensemble de la planète, Trump a donc décidé de taper du poing sur la table.

Bien entendu, il prend un risque majeur car si le protectionnisme se développe, le commerce international chutera et la croissance mondiale avec. Nous serons alors tous perdants. C’est d’ailleurs pourquoi un accord sera forcément trouvé entre l’Oncle Sam et l’Oncle Chan. Pour autant, l’instauration de droits de douanes à l’égard des produits chinois crée un précédent et montre qu’il est désormais possible de freiner le “Dragon chinois” dans sa course insatiable vers la domination de l’économie planétaire.

De ce point de vue, Trump s’inscrit dans la lignée de Ronald Reagan. En effet, à l’instar du scrutin en faveur de Donald Trump en novembre 2016, l’élection de cet ancien acteur de série B à la tête des Etats-Unis en novembre 1980 avait elle aussi créé la surprise et généré un vent de panique international. A l’époque, la guerre froide et la stagflation (stagnation économique et inflation élevée) faisaient rage et certains annonçaient même que Reagan serait le fossoyeur de l’économie américaine et qu’il finirait par déclencher la troisième guerre mondiale.

Et pourtant ! Non seulement ces funestes scénarios ont été évités, mais surtout, Reagan a sauvé l’économie américaine en réussissant à la moderniser et à augmenter, par là même, sa croissance structurelle. Encore plus fort, il est parvenu à “tuer” l’URSS et à mettre fin à la surpuissance du Japon, qui, comme la Chine aujourd’hui, faisait alors preuve d’une volonté hégémonique inaltérable. En effet, en acceptant la demande de Reagan d’apprécier fortement le yen, le Japon s’est effondré et ne s’en est d’ailleurs toujours pas remis.

Même si la Chine ne tombera certainement pas dans le même piège que le Japon, il est néanmoins clair qu’elle sortira affaiblie du “combat” avec les Etats-Unis. Il ne s’agira peut-être que de quelques années de gagnées avant l’inévitable ascension de l’Empire du milieu au sommet du monde, mais le pari mérite d’être tenté. Dommage que l’Europe ne l’ait pas compris…

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